sensitive room

titre de la mise en scène, créée par la Compagnie In Time (Carine Pauchon)

pièce pour un comédien sourd (Anthony Guyon) et une comédienne entendante (Marie Oury) d'après les sonnets de Louise Labé / 2006

Carine Pauchon m'a sollicitée pour réaliser les images d'une video qui serait projetée sur deux écrans, comme un panorama, habillant décor et comédiens. Dans la pièce tout est blanc pour que les couleurs acidulées accrochent... la vidéo perd le spectateur dans un espace-plan : image plane dans laquelle circulent deux personnages , étrangement diaphanes, soumis et absorbés par les couleurs changeantes de la video. La video suit le rythme des sonnets : l'image est son, texte, elle est vivante, comme gorgée d'un monde inaccessible à l'un ou à l'autre (homme/femme, sourd/entendant...). L'image dévoile les pulsations de ces univers qui se touchent, qui se frolent, qui se rencontrent. Lorsque Carine Pauchon s'approprie cette nouvelle version comme actuel décor de sa mise en scene, les come- diens ne s'enferment plus dans une relation duelle mais se confrontent et s'approprient d'autres images deux- memes qui inter-agissent entre leurs relations. Il y a un depassement du corps théatral vers un entre-deux corps : le corps de l'image et le corps du comédien. Le theatre devient visuel (une image qui absorbe décor, comédiens et spectateurs) alors que la video ici, affirme une scénographie de l'image et dans l'image.

J'ai réalisé cette video en suivant le rythme des séquences de la pièce : elle raconte ces différents temps (des sonnets mais aussi de la relation amoureuse), en immergeant les corps dans des pulsations (colorées, rythmiques...). L'image écoeure, emporte, hurle... elle est son, elle est texte, elle est vivante, comme gorgée d'un monde inaccessible à l'un ou à l'autre. L'image dévoile les pulsations de ces univers qui se touchent, qui se frolent, qui s'oublient. La video, ici, serait comme une interface entre deux espaces, indispensables à leur porosite et à leurs possibilites de communiquer. Les corps s'évanouissent volontiers dans l'image, se liquéfient pour passer de l'autre cote (du miroir, de l'ecran, de l'inconnu). J'ai travaillé l'image dans toute sa matérialité pour exacerber l'impression charnelle que dégagent les sonnets de Louise Labé et le jeu des comédiens. J'ai voulu que les comediens se noient dans cette image mouvante et picturale et les inclure definitivement (et pas seulement le temps dune representation) a cet etrange combat de sensations erotiques qui passent ici par le langage des corps. Les corps semblent alors arpenter la video comme un jardin, un paysage... l'image se recompose, subit les alterations et transformations de leurs jeux. Le dialogue est retourné sur l'image comme une peau où la matiere numerique s'ecrit sur les corps, devenant tatouage. Cette surface matérialise une pensée amoureuse, qui n'est jamais dite mais vécue comme une sensation douloureuse que le travail sonore va amplifier.