e-peel me off

Je ne sais pourquoi
         Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle
             vole vers la mer
                        (Paul Verlaine)

vidéo

&

dispositif hypermédia

28 au 30

mars 2011

Ce dispositif fut réalisé et présenté une seul fois, dans le cadre de la Semaine d'Art Contemporain, Campus Annecy-Le-Vieux et lieux divers d'Annecy, Commissaires : Alain Livache et Marc Veyrat

Des robots munis de capteurs suivent un circuit (la carte de Waldseemüller). Chaque capteur est lié et agit sur une spécificité de la vidéo (la transparence, la colorimétrie, la luminosité).
Les robots sont programmés pour suivre le circuit (le contour de la carte) ; chaque capteur est programmé de telle sorte que toute intervention extérieure (du spectateur) change non seulement leurs relations à leur environnement mais surtout leur perception de celui-ci, uniquement visible sur la vidéo. 

 

Sous la vidéo apparaissent en temps réel, les tweets contenant #love et #hate qui se dévoilent partiellement au fur et à mesure de la présence des spectateurs.trices. Comme des percées des profondeurs du réseaux sociaux, ils pulsent par endroit sous les strates de la vidéo dépecée peiti à petit (d'où le titre).

Ce choix est en référence à l'unique long métrage de Charles Laughton La Nuit du Chasseur, (1955)

Afin d'éprouver le système, il fonctionna toute la durée de l'exposition.

  • Pinterest - Black Circle

e-peel me off    [ dispositif ]

e-peel me off     [ video ]

conçue et réalisée par Carole Brandon, la vidéo interroge la notion de perte, de deuil, comme un long paysage en boucle. Construit par superpositions de couches d'images qui pulsent entre-elles et de lentes traversées linéaires, des motifs (signes, symboles, repères) remontent et se collent à la surface jusqu'à s'y brûler comme autant de fantômes et de souvenirs imprimés.​

LA VIDÉO

La vidéo, dans son traitement de la surface matérialise ce qui se passe entre la mémoire du corps et la réalité de l'existence. 
Ici, l'image en mouvement rend visible ce manque qui n'est pas un vide, mais un espace d'entre-deux, par une pliure des différentes couches de matières numériques (comme une peau retournée de l'être, de l'autre) 

dans ce téléscopage de temporalités. 
vidéo longue à finir difficile à aboutir mais j'avais deux certitudes dans ce travail :  l'image de la mouette (vue comme information qui revient sans arrêt à la surface, qui s'y brûle, incontrôlable et obsédante) et  la notion de site et de paysage. (territoires privé/public, les limites, les frontières, le visible et  la notion de point de vue).

LA MOUETTE

figure récurrente, elle est la représentation idéale et symbolique du lien entre l'intériorité et l'extériorité d'un corps ; elle représente le passage poreux entre corps physique / corps numérique parce qu'elle est l'oiseau qui navigue toujours entre terre et mer.

Repère dans le ciel, passage de la vie à la mort,  du flux et du reflux, elle est l'équivalent de la perte physique des données matérielles mais du gain en substances numériques.
Elle n'est pas majestueuse, n'a pas un cri agréable. Commune elle vit en groupe en nuée. Elle est un indice dans l'interface entre ciel et terre, mer et ciel, terre et mer, éléments liquides, gazeux, solides.
La liberté de la mouette sur la surface vidéographique, imprévisible comme si elle se tapait sur l'écran sans possibilité d'être autre chose qu'une image, trouve son équivalence dans l'espace réel avec les robots.

LE TITRE

D'où le titre : to peel en rajoutant le "off" signifie en aviation se décoller, se détacher d'une formation pour atterrir ; il y a à la fois l'idée du vol, de l'espace de liberté, de se laisser porter par les vents, les courants et celle d'être programmée de ne pouvoir s'échapper de son trajet, de son rôle, de sa fonction.

Ensemble ils matérialisent les connexions entre différents langages différents milieux, comme cette célèbre formule de Georges Braque « Ce qui est entre la pomme et l'assiette se peint aussi. Cet entre-deux me paraît un élément aussi capital que ce qu'on appelle l'objet. C'est justement le rapport de ces objets entre eux et de l'objet avec l'entre-deux qui constitue le sujet. »

LE PAYSAGE

Ici la machine (machinerie ?), lordinateur est le cœur du système générant lenvironnement à la fois réel et virtuel et à la fois les différentes interfaces qui relient lutilisateur et cet environnement (capteurs, lumières, mouvement, webcam) : on rend visible non seulement le processus de création de limage en mouvement mais aussi on rend visible voire tactile toutes les strates qui composent ce système.cette « réalité virtuelle » est ainsi intimement liée à sa construction à ses composants et à leur technicité mais reste cachée : il faut lintervention physique corporelle du corps ; pour laisser émerger les couches superposées il faut que lHumain laisse une trace tangible, mémorisable, visible.il sinscrit (imprime) et simmisce alors dans un paysage pour en révéler comme par dilatation tous les éléments qui le composent.

LES TWEETS

En jouant avec les robots, le spectateur détourne l'objet de sa programmation initiale : il interroge alors autant les capacités de la machine à réagir en fonction des «bugs» imposés, que les spécificités de l'image vidéo d'être un mille-feuille électronique ;
En effet, en épilant, en dépeçant limage, il révèle d'autres informations : des messages affichés en temps réel proposés par des internautes du monde entier.

Les actions sur les images de la vidéo permettent d'enlever des couches d'informations (les spécificités finalement de l'image numérique). Cette nouvelle perception est traduite par les robots et cette traduction est visible sur l'image vidéo qui change et se transforme en conséquence.

L'idée principale étant de donner à voir les dessous de l'image par tâches, par morceaux : des tweets (gazouillis équivalents de la mouette à l'image..petits messages courts postés sur le réseau twitter) où apparaissent les mots

love et hate

encore une fois enlever du visible : la vidéo n'est plus un tout, un plein, donné en une seule fois, à l'image de Pan (en grec ancien  / Pán, « tout »). L'image disparait sous les pixels comme sous les touches du Titien (Le supplice de Marsyas 1575-76 huile sur toile musée national de Kromeriz).

Chaque coup de pinceau (ou dérapages du robot) prélève un organe et la représentation se fragmente dans la masse de l'écran. Il marque le passage de l'enveloppe sonore (la parole, la musique) à l'enveloppe tactile (la peau). 

To peel, épiler, éplucher est aussi le dépeçage de la surface, morceau par morceau aléatoire et imprévisible, le langage écrit surgit celui qui nous donne une nouvelle représentation par les mots, nous permet de basculer hors su sensible et du tactile pour nous y ramener sans cesse.